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La montre

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Si l'on connaît l'inventeur du téléphone ou de l’ampoule électrique, on ignore souvent celui d’objets courants comme la montre. Pour partir à la recherche de la première montre, il nous faut remonter à la genèse de la mesure du temps.

Pour vivre ensemble, les hommes ont dû apprendre à compter le temps qui passe. De plus, ce temps fait partie des rares éléments naturels que l'homme n'a pu dominer, il lui a alors fallu le maîtriser. C’est ainsi que le calcul du temps a dès l’origine été la préoccupation et la passion de l’homme.

C’est en observant la nature que l'homme commença à mesurer le temps, d’abord en identifiant les jours (grâce aux levers et couchers de soleil) puis les mois (grâce à la lune) et enfin les saisons et années. Plus tard, il voulut repérer les différents moments d'une journée. Alors, ayant observé que l'ombre des objets se déplaçait avec le soleil, il eut l’idée de planter un bâton dans le sol et d’observer la direction de son ombre pour déterminer l' "heure".
Ces premiers instruments de mesure du temps datent d'il y a 3/4 mille ans et étaient nommés gnomons. Ensuite les Égyptiens fixèrent ces bâtons sur des cadrans ornés de repères, les premiers cadrans solaires.
Tout cela fonctionnait fort bien, sauf la nuit ou dans les intérieurs, ce qui poussa l’homme à concevoir des horloges primitives. En 1500 av. J.-C., il eut l'idée de se servir de l’écoulement de l’eau. Ainsi naquit la clepsydre, instrument grâce auquel on lisait l’heure par la quantité d’eau écoulée d’un vase gradué. Le concept fut repris au 14e s. pour le sablier qui remplaça l'eau par du sable. L'inconvénient de ces techniques était qu'il fallait être là lorsque le récipient était vide. On retrouve aussi des horloges à huile et à chandelle.

Mais le véritable ancêtre de la montre est bien sûr l'horloge. L’instrument révolutionna la mesure du temps pour la précision qu'il offrait. Si au 13e s. naquit la toute première horloge mécanique, c'est véritablement au 16e et 17e s. que les progrès en horlogerie mécanique furent productifs. Ainsi en 1656 Christian Huygens mit au point le pendule à rouage mécanique, le principe de fonctionnement consistant en des aiguilles tournant grâce à des roues crantées. Ce sera la course au perfectionnement du procédé, la course à la précision, une course toujours d'actualité. Devenue une spécialité artisanale à part entière, l'horlogerie tendra toujours à plus d’amélioration du système, déployant la plus grande ingéniosité et les plus grands moyens en ce sens. Et la demande était grande.

Les premières horloges portables, mères des montres, datent du début du 16e s., il s'agissait d'horloges de table ou de carrosse, devenues transportables grâce à l'invention du ressort, pour répondre à un besoin d'horloge mobile chez les riches marchands.

La montre, telle que nous l’entendons aujourd’hui, n'est que la réduction de ses horloges portables.

Il demeure difficile d'identifier avec certitude l'inventeur de la montre, car difficile est la frontière entre les montres de table de plus en plus transportables et l'objet-bijou fixé au corps. Et les textes rapportés avec leurs terminologies propres à chaque pays ne permettent pas de faire véritablement émerger un inventeur, une Première montre.

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Mais globalement, les premières montres datent de la fin du 15e s. et d’un début du 16e grand âge de l'innovation dans les "garde-temps" que sont les montres. Étaient recherchés l’accroissement de la précision et l'ajout de nouvelles fonctionnalités, nommées "complications". Au 18e s. se développera l'aspect bijou de la montre, ornée de matériaux précieux.

Le modèle qui couvrit une grande partie de l’histoire fut la montre de poche, se portant au bout d’une chaînette fixée au haut de pantalon ou dans une poche du gilet prévue à cet effet : le gousset.
Plus tard les montres seront proposées en pendentif, principalement pour les dames et davantage par satisfaire la coquetterie que le besoin de lire l’heure.

Il faudra attendre le début du 20e s. pour voir se développer les montres-bracelets. Jusque-là, seules quelques impératrices s’en faisaient offrir comme bijoux de prestige, nommés bracelets, se portant au poignet droit et considérés comme une mode féminine passagère. Les premières montres-bracelets pour hommes ne connurent pas de succès, perçues comme fantaisistes et efféminées, hormis par les sportifs.

Cependant, les soldats avaient coutumes d'attacher leur montre à leur poignet avec une lanière de cuir pour rendre la lecture de l’heure plus rapide et pratique tout en évitant chocs et chutes. C’est ainsi que les premières montres construites en série le furent pour l'armée impériale allemande en 1880, accédant au statut d’équipement militaire. Ce que reprendra la Première Guerre mondiale en y ajoutant une grille métallique ajourée sur le cadre, achevant ainsi de populariser des montres-bracelets qui ne cesseront par la suite de se miniaturiser et de se perfectionner. C'est à la fin de la Seconde Guerre mondiale que se généralisera la montre-bracelet, reléguant celle à poche au rang de vétusté.

Jusque dans les années 20, le mécanisme se remontait manuellement, la montre automatique bouleversera cela en 1926 avec un procédé se servant des mouvements du poignet (on parle de montre perpétuelle, dont un prototype avait déjà été inventé en 1777). Mais c'est en 1957 qu’apparut une véritable révolution : la montre électrique, ne nécessitant ni remontage manuel ni secousses du poignet. S’ensuivra une seconde révolution en 1967 : la montre à quartz, sonnant le glas quasi définitif de la montre mécanique. Les cristaux liquides offriront une précision inégalée, précision que dépasseront encore la montre atomique ou encore une montre radio-pilotée. C'est une course des ingénieurs pour aller toujours plus loin, loin dans la précision, ainsi est-il envisagé d'utiliser des pulsions de certaines étoiles, et loin dans les fonctionnalités : donner la date, la phase lunaire, servir de chronomètre, d'alarme, être étanche ou accessibles aux aveugles, intégrer un GPS ou surveiller le rythme cardiaque… et tout cela dans des dimensions de plus en plus réduites abritant néanmoins plusieurs centaines de pièces.

La montre représente l'élévation de l'homme à la modernité. Les montres sont autant un outil pour lire l’heure qu’une somme de gadgets embarqués à l’esthétique sensée refléter le bon goût et la personnalité.

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Parmi les modèles cultes figurent la Rolex Submariner, LA montre de plongée, dont la rançon de la gloire est d’être la plus copiée. Les clients furent tellement dubitatifs à sa sortie que les boutiques durent s’équiper d’aquariums dans lesquels elles plongèrent lesdites montres. L’Omega Speedmaster est entrée dans l'histoire en 1969 au poignet de Niels Armstrong lorsqu'il posa le pied sur la lune. La Reverso, qui se retourne pour le sport, se développa dans les années 30 en Inde pour des Anglais férus de Polo. La Heuer Monaco équipa le pilote de formule 1 Jo Siffert, doublure de Steve McQueen qui l’adopta à son tour. La Swatch fit sa révolution dans les années 80. Il s'agissait au départ d'une montre en plastique résolument moderne et à un prix attractif. La marque relança l'industrie horlogère suisse en développant continuellement de nouveaux produits.

L'excellence horlogère fait des montres d’aujourd’hui des bijoux de technologie à la sophistication luxueuse et peut donc parfois coûter de véritables fortunes.

Le marché de la montre aujourd'hui se déplace vers le haut de gamme. En France, après des années 2000 moroses, le marché reprend, grâce au secteur du luxe. Si l’on consomme principalement chinois pour les prix réduits, une part non négligeable se tourne vers les produits suisses historiquement réputés pour leur qualité. Luxe et horlogerie forment un couple harmonieux à la croissance prometteuse, dans lequel le sport à sa place. Les marques se regroupent et rationalisent leurs gammes. L'avenir réside donc dans une montre véhiculant les valeurs du sport tout en sachant se montrer glamour et luxe.
Un nouveau marché s'ouvre pour la montre : la Chine, où seule une personne sur trois aurait une montre. La marque Oméga a su s'y faire connaître en offrant aux Jeux olympiques un cadran de décompte trônant sur la place Tiananmen.
Qu'en est-il de l'avenir de la montre sous nos latitudes ? Sera-t-elle supplantée par les téléphones portables aux multiples fonctionnalités ou par les cristaux liquides donnant partout l’heure ? Il semble que non, car c’est aussi et un bijou, un signe d’identité, et malgré tout le moyen le plus pratique de connaitre l’heure.
Demeure les irréductibles de la vie sans montre, symbole d'affranchissement, de liberté, mais aussi d'une certaine perception de la société. En Chine justement, la montre n'a que très tardivement fait son apparition, et les Chinois ont pu très aisément s'en passer.