Les origines de Pâques sont bien antérieures au christianisme. Dès l’Antiquité il était coutume de fêter dans la joie le printemps, ce renouveau de la nature, ce réveil de la vie venant clore l’hiver et offrant le retour du beau temps.

Le nom Pâque, sans s, est issu de la religion juive. Pessah est une fête commémorant - le 14ème jour de l’année juive - l’Exode : la fuite d’Egypte et le passage de la Mer Rouge par le peuple juif esclave des pharaons, guidé par Moïse.
Il se trouve que c’est un jour de Pâque qu’eut lieu la résurrection de Jésus. Ce qui fait que le nom a été repris, en lui rajoutant un s, pour désigner la fête chrétienne de Pâques clôturant les 40 jours de jeûne du Carême et commémorant la résurrection du Christ. C’est la plus importante fête catholique. Les religions orthodoxes ont également leur Pâques.
Sa date varie entre le 25 mars et le 22 avril car elle correspond au premier dimanche qui suit la pleine lune de l’équinoxe de printemps. Sa fixation détermine d’autres dates de fêtes chrétiennes.
Mais Pâques, avant d’avoir été reprise par la religion, était une fête païenne, et après, est devenue une fête aussi athée. Car au-delà des symboles religieux, c’est le printemps qui est fêté. Si elle a perduré jusqu’à nos jours c’est bien pour la célébration du renouveau qu’elle désigne. Les traditions célébrant le printemps et les symboliques employées sont en effet presque aussi vieilles que l’homme.
Ceci est particulièrement vrai pour l’œuf, symbole le plus ancien et le plus universel évoquant l’éclosion d’une vie nouvelle, la germination, la fécondité, propres au printemps.
Les premières traces de coutumes consistant à offrir des œufs sont très lointaines : déjà à l’Antiquité les Egyptiens, les Perses, les Romains et bien d’autres civilisations offraient des œufs peints au printemps comme porte-bonheur. Les druides gaulois attribuaient même des qualités magiques à l’œuf (de serpent). Les Pharaons écrivaient leurs vœux dessus, vœux que la chrétienté remplacera par la teinte rouge, symbolisant le sang du Christ.
C’est réellement à partir du 13°s que les œufs décorés s’ancrèrent dans les traditions, associés à la fin du carême par la chrétienté qui reprit les traditions païennes, l’œuf exprimant le renouveau inauguré par la résurrection. Ce qui trouva particulièrement application à la fin du jeûne interdisant de consommer des œufs pendant 40 jours : on ne peut interdire les poules de pondre pendant cette période, aussi, arrivés à Pâques, se sont accumulés de nombreux œufs. Alors fut prise l’habitude à partir du Moyen-Âge de décorer et offrir les œufs les plus anciens non consommables (en conservant le premier décoré, considéré comme gardien de la maison). C’est ainsi que progressivement se développa la tradition des œufs peints, colorés, décorés, bénis et offerts.
C’est à la Renaissance, les décorations se raffinèrent : métaux précieux, pierreries... Se développa une tradition de l’œuf précieux, véritable œuvre d’art. Louis XIV offrira des paniers d’œufs dorés à ses courtisans. Le poète Mallarmé écrira des vers sur les œufs qu’il offrait. Les Tsars commanderont des créations sublimes pour les Tsarines. Telle est l’origine des œufs Fabergé, du nom du célèbre bijoutier à qui le Tsar Alexandre III commanda pour la Tsarine Maria un œuf en or émaillé de blanc renfermant une poule miniature.
La tradition de la surprise contenue dans l’œuf remonte au 16°s : Louis XIV aurait offert à Melle de Lavallière un œuf renfermant un morceau de la vraie croix, Louis XV quant à lui offrit à Madame du Barry une statuette de Cupidon cachée dans un énorme œuf. Sous l’Empire, les élégantes se voyaient offrir des œufs en sucre ornés de rubans et garnis de friandises.
Puis une coutume naquit au 18°s de les vider et d’y couler du chocolat, avant que ne soient fabriqués des œufs en chocolat durant la première moitié du 19°. Nous les devons à l’apparition de moules en étain et argent et aux progrès réalisés dans l’affinage de la pâte de chocolat. Ainsi naquirent les chocolats de Pâques modernes que les bambins, le matin pascal, courent chasser dans le jardin. Mais au fait, qui les a mis là ? Les cloches selon les catholiques, un lapin selon les Anglo-saxons.
L’origine des cloches de Pâques provient d’une interdiction émise par l’église au 7°s de faire sonner les cloches entre le Jeudi Saint et le Dimanche de Pâques, en signe de deuil de Jésus crucifié et pour commémorer le temps qui s’écoula de sa mort à sa résurrection. Encore aujourd’hui, aucune cloche d’église ne ponctue les offices ces jours-là, remplacée par des crécelles ou des martelets. C’est seulement le jour de Pâques, parce qu’il commémore la résurrection du Christ, qu’elles peuvent sortir du silence pour manifester la joie de la renaissance.
Fut répandue la légende selon laquelle on n’entend pas les cloches à la fin de la Semaine sainte, car elles partent à Rome le soir du Jeudi Saint pour se faire bénir par le Pape, avant de revenir en carillonnant le dimanche, chargées d’œufs de Pâques qu’elles sèment à leur passage dans les jardins survolés. Au matin, les enfants seront ravis de se voir chargés de la tâche de débusquer et cueillir tous ces œufs éparpillés parmi les pâquerettes, ces petites marguerites devant leur nom à leur fleurissement à Pâques.
Pour les Alsaciens, les Allemands, les Anglo-Saxons et les Américains, c’est un lièvre ou un lapin de Pâques (Osterhas), au pelage blanc, qui dépose les œufs dans les jardins sur des nids d’herbe et de mousse confectionnés par les enfants. C’est l’animal emblématique de la déesse du printemps et de la fertilité d’origine germanique et nordique, Ostara, donnant le prénom Ester - Pâques en anglais. Outre la religion, le lapin, capable de beaucoup de portées par an, particulièrement au printemps, a toujours et partout symbolisé la fécondité, l’abondance, la prolifération.
L’emploi du poisson comme symbole viendrait pareillement de sa super fécondité.
Bien d’autres animaux tiennent ce rôle dans d’autres pays : en Bavière, c’est un coq, en Westphalie un renard, en Suisse un coucou, au Tyrol une poule, en Alsace une cigogne…
Autre symbole de Pâques, l’agneau de Pâques, qu’il est coutume de servir lors du repas du Dimanche de Pâques (la recette typique état le gigot d’agneau rôti accompagné de flageolets) a deux significations : dans la Pâque juive, il symbolise le sang dont Moïse fit marquer les portes des maisons pour épargner les enfants d’un fléau, les juifs commémorant cela chaque année en sacrifiant un agneau. Dans les Pâques catholiques, il symbolise le Christ s’étant fait l’Agneau de Dieu lors de sa crucifixion. En Alsace est confectionné un biscuit en forme d’agneau : le Lamala.
Mais le mets star de Pâques, particulièrement en France, c’est le chocolat. Il n’a de religieux que le fait que la fin du carême permet de manger riche. Et quoi de mieux pour cela que le chocolat, douceur la plus communément aimée, les adultes l’appréciant noir, légèrement amer, les enfants le préférant au lait et sucré. Au fur et à mesure que ce produit originairement de luxe se démocratisa, il devint le cadeau traditionnel indispensable du dimanche matin de Pâques. De sorte qu’il ne peut désormais y avoir de Pâques sans chocolat sous toutes ses formes pascales : œufs, poules, lapins ou poissons enrubannés renfermant dans leur ventre mille sucreries. Les vitrines des chocolatiers et pâtissiers rivalisent de créativité et d’innovation pour mouler, sculpter en chocolat des sujets parfois fort éloignés d’un quelconque symbole pascal.
Ceci est parfois déploré, de même que la tendance actuelle à offrir aux enfants un cadeau en plus des chocolats, la faute à la société de consommation, à l’affaiblissement de la pratique religieuse… Demeure que la tradition a traversé plusieurs milliers d’années et sera donc là bien après les œufs estampillés Barbie ou les ballons de foot en chocolat. Car ce que fête avant tout Pâques, que ce soit de façon religieuse, païenne ou même athée, c’est la renaissance (du Christ ou de la nature), c’est la sortie de l’austérité hivernale et l’ouverture d’une période riche de ce que la terre va offrir. L’entrée dans le printemps réchauffe les cœurs, redonne espoir et invite à la joie. En témoigne une ancienne pratique chrétienne méconnue : le « Rire Pascal », joyeux soulagement autrefois autorisé dans les églises pour célébrer la renaissance végétale après la stérilité hivernale.